Je suis certain qu’ils se souviendront tous de leurs vacances lozériennes, quand chaque année juillet renouvelait le moment magique de leurs retrouvailles à Chasseradès.

Souvenirs de vacances à Chasseradès

Souvenirs de vacances à Chasseradès

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreLes Maurin du Mas avaient préparé notre location, une masure complètement décrépite où un ancêtre sabotier avait dû chausser des générations de galopins, tant étaient petites les pointures des paires abandonnées sous la poussière de la grange mal éclairée. Oui, vous étiez tous là pour la guetter la pimpante micheline jaune et rouge par laquelle nous tardions d’ arriver, nous, les "Parigos têtes de veaux".

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreD’une année sur l’autre vous répondiez présent à notre rendez-vous avec la même fidélité : Gérard Mangin, Lorette et Martine dont le papa coiffeur nous infligeait une coupe de cheveux d’été "rectifiée" à la militaire ; les frères Gazeilles et les filles Benoit, Lili, Danièle et autres nîmois de la Caserne, le Compagnon Poulou Morel de Bessèges et son papé vénéré aux bouffardes fumantes, Casanova le marseillais toujours blessé, Annie Brochet toujours sourire, Annie et Nadine Exbalin et leurs cousins les frères Cali de La Grand-Combe et… Jean’ Oublie... Et toi Christiane Vincent ma grande sœur d’alors, sais- tu que je garde une photo immortalisant nos safaris grenouilles ? Pauvres batraciens ! Nous sommes là plantés dans nos bottes, chemise et grand tablier à carreaux au bord du ruisseau, avec dans les mains nos proies gluantes. Souviens- toi, c’était ce ruisseau qui courait par les prés de La Parro pour se déverser encore cristallin dans les deux lavoirs, là où se racontaient les ragots du village. Pour en avoir trop entendu des commères du village, il allait finalement se perdre, corrompu, sous le pont dans les orties impénétrables. Il prenait alors le nom de Balat, un ru nauséabond à l’abord duquel nous devions freiner notre course des quatre fers quand nous descendions à toute allure de l’atelier du père Montil à la maison du père Saint Jean.

Te souviens –tu aussi de ces soirs après le dîner quand nous montions barbouiller et raser ton pépé Vincent : noyé dans une mousse blanche jusqu’au bord des yeux, il prêtait son visage rieur aux lames imaginaires de nos rasoirs en carton. J’ai gardé en mémoire cette collection d’images et de saveurs inoubliables : la cueillette de l’arnica qui nous valait la pièce du garde forestier, les ventrées de cerises sauvages dans les prés de Mirandol en bordure du Chassezac, la saveur des cèpes cueillis dans les "boletières" secrètes des forêts partout présentes : Mercoire, pentes de l’Allier, Moure de la Gardille, Chabalerey… la douceur à peine acidulée des myrtilles et les framboises dont la gelée faisait le délice de nos goûters.

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreAu programme estival, la randonnée que les plus grands organisaient sous la haute expertise de M. Esposito et fils était devenue une classique, véritable pèlerinage jusqu’au Coucoulut en gravissant la montagne du Goulet où le top était de cueillir l’artichaut sauvage pour en dévorer le cœur de retour à la maison. Pas un jour ne passait sans que notre équipe n’improvisât une promenade dans la pittoresque géographie de nos vacances.

Juste à la sortie du village, le bois de la cure nous offrait un vaste terrain de rencontre pour nos parties mémorables de foot et de rugby . C’est dans ce bois béni de la cure que paradoxalement nous nous sommes foulés le plus de poignets et fracturés le plus de bras ! Un peu plus loin, en passant le cimetière, s’ouvraient les galeries de sapins du bois Galtier où les mamans tchatcheuses rejoignaient la garde- barrière et ses deux filles pour de longs après midi à… tchatcher. La bonne humeur était toujours de mise lors de nos randonnées : à Prat Claux, Chabalier, Mas Méjean, aux sources de l’Allier, dans les gorges du Chassezac. J’allais oublier le fameux arbre couché sur la rivière surplombant ces gorges : nous l’avions baptisé la "panthère noire" ! C’ était le bateau pirate où voguaient nos imaginations, celui dont nous devions traverser le tronc sans perdre l’équilibre pour gagner nos galons de matelot !

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreAutre classique de l’été, le pèlerinage à Notre-Dame-des-Neiges de Saint-Laurent-les-Bains près de La Bastide-Puylaurent, pieusement dédié à la fleur des neiges, un mousseux aux vertus gouleyantes qui révélait l’ivresse et, si affinités, facilitait le penchant vers l’ âme sœur, irrésistible inclination des êtres sous le regard complaisant d’un Dieu servi en ce lieu-même par les moines trappistes.

Plus discrètes et productives étaient nos pêches aux vairons dans les prés du Mas ou nos chasses cruelles dans les bois de sapins, armés des frondes dont la confection occupait une part importante de nos loisirs. N’allions-nous pas jusqu’à chaparder les chambres à air usagées des tracteurs pour y tailler nos élastiques solidement ficelés sur la fourche en noisetier, durcie puis incurvée au four.

Chasseradès, ses habitants toujours de bonne humeur : Monsieur Bonnet, le garde forestier avec ses yeux gris clairs roulant comme deux billes au milieu d’un visage débonnaire et ses deux filles et deux garçons, Audegade le facteur avec Toto, Zeze …et la ferme voisine des Reboul avec René son vacher, Pierre et Jean Poudevigne le boucher et l’hôtelier et Maryse au café, la buraliste et Alain son neveu de saint Gilles, le curé Michel et sa bonne … Jean et Michel, les frères Ilpides, Maria et Gaston leurs parents, le père Saint Jean champion du tir à la pétanque, le père Boisset du casino avec sa camionnette carrossée d’un bois verni clair, qui aimablement transportait notre malle à l’arrivée et au retour, sa femme institutrice, Barère, le facteur, Montil le forgeron, les frères Teyssonier et leurs taureaux musclés, Sabatier l’homme fort taillé dans le roc et coupé à la brosse et son épouse Henriette notre si charmante voisine, leurs fils et fille.

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreDès mi-juillet les ruelles s’animaient de l'accent chantant des estivants venus en majorité du pays des cigales et l’ été se faisait de plus en plus chaleureux . Que d’agitation, de couleurs, de préparatifs jusqu’au fameux bal du 15 Août ! Sur la place à l’ombrage des tilleuls les couples élégants enchaînaient valses et paso doble, dévoilant au hasard de leurs gracieuses figures de légères draperies sous les robes tournantes. Plus rustique, arrivait sans prévenir l’incontournable bourrée auvergnate aux pas frénétiques qui chaque fois menaçaient de rompre le plancher du bal : "per ben lou dansa vive les auvergnats !"

Le jeu du loto mettait un bémol à cette trépidante animation et marquait un grand moment de concentration jusqu’au cri de la "quine !" gagnante de la volaille ou du gros lot de bouteilles. Alors le mousseux pouvait de nouveau couler et accompagner généreusement les fougasses dorées, incrustées de sucreries, dégustées avec gourmandise, avant que ne débute le traditionnel concours de pétanque . Organisé par Francis Challier et ses assesseurs, cette rencontre sportive réunissait en doublettes et triplettes tout ce que le village pouvait compter d’estivants, de bons ou mauvais joueurs, de débutants ou experts du pointage et du tir. Au fil de parties animées, les partenaires se déplaçaient d’un endroit à l’autre du village pour en découdre avec de nouveaux adversaires, jusqu’à la finale jouée sur la grand place à la lumière des baladeuses et dans un silence digne des plus hautes compétitions. Parmi les tireurs qui rivalisaient d’adresse, les noms d’ Exbalin et de Saint Jean s’inscrivaient chaque année au palmarès des champions.

Souvenirs de vacances à Chasseradès en LozèreL’évènement avait aussi ses commentateurs et parmi les plus diserts, Fernand Claveroli brillait par sa verve. C’est que ce grand conteur d'historiettes, star des veillées entre amis et pur produit de la Canebière, était reconnu de tous comme un as de la galéjade et un maître escalembour : "dis pecquelet tes shorts, elle les achète chez Renault ta mère ? Non Monsieur mais pourquoi ?" Et Fernand de replacer pour la nième fois en plaisantant : "He pardine, parce que, mon petit, Renault à Billancourt !"

Dès le lendemain du 15 août c’était une autre musique ! Nous étions réveillés par les grognements des cochons dont les hurlements couvraient à la fois le bêlement des agneaux, le meuglement des vaches et le tintement nerveux de leurs cloches dans ce concerto "bucolico-cacophonique".

Chasseradès c’était bien la fête non stop et le lieux mythique de nos expériences débutantes. Le temps de nos premières cigarettes, p4 ou disque bleu filtre que nous fumions en cachette. Il nous fallait pour nous les procurer soit épargner un peu soit oublier de rendre la monnaie des courses mais surtout affronter l’œil inquisiteur de madame la buraliste. Après avoir gravi l’escalier qui conduisait à sa boutique, nous poussions la porte et le "gling gling" de la sonnette retentissait, trahissant notre présence coupable. Madame apparaissait nous jetant un regard suspicieux, noir comme l’était toujours sa tenue de veuve riche des mille parfums de tabacs blonds et bruns qui enrobaient sa présence.

Pour vous, copains et copines d’antan qui vous reconnaîtrez dans cette évocation, Chasseradès n’a-t-il pas été le haut-lieu de votre adolescence ? N’est- il pas resté le sanctuaire où se ranime la confusion de vos premiers émois, où le bouquet refleuri des souvenirs exhale ces parfums de jeunesse dont la mémoire et l’affection ont conservé l’ ineffaçable fragrance ? Je suis certain qu’ils se souviendront tous de leurs vacances lozériennes, quand chaque année juillet renouvelait le moment magique de leurs retrouvailles à Chasseradès. Challier D . Ch. Extr . L’être des étés Chasseradès.

L'Etoile Chambres et tables d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.